Jérôme Lordon

BULLETIN SUR LES PEINTRES ISSUS DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE X-1794
Beau comme l’antique.
Jérôme Pierre Lordon (1779 -1838), premier de la liste des peintres abordés dans ce bulletin, est une des vedettes de notre première promotion, celle de 1794. Commencer ce bulletin avec lui s’impose, et c’est avec lui que le Livre du Centenaire de l’École polytechnique, édité autour de 1894, débute sa présentation des X artistes peintres, avant de parler de quatre autres, Atthalin, Dulong, Penguilly-l’Haridon et Langlois.
Jérôme Lordon avait d’autres qualités que son aptitude au dessin. Il en fallait pour être admis à l’âge de 13 ans à l’École centrale des travaux publics qui ne s’appelait pas encore Polytechnique, puis commencer une courte carrière d’ingénieur géographe puis d’artilleur en 1803. Mais sa vocation artistique, déjà stimulée par les cours de dessin reçus à l’École de son professeur de dessin, le peintre Neveu, fut la plus forte : « Il donna sa démission pour se livrer à ses goûts artistiques et entra dans l’atelier de Prud’hon » Lordon sera l’un de ses meilleurs élèves (il travaillera aussi avec Gros et Lethière) et deviendra son ami. Il peint, il expose. Quand, en 1828, se présente une opportunité pour entrer dans le corps enseignant de l’X, il la saisit et y est nommé maître de dessin, charge qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1838. Avec cette convergence entre son métier d’artiste et une occupation proche de son École, Lordon inaugure une sorte de coutume : c’est très souvent que les X qui furent peintres de talent furent choisis pour enseigner leur savoir-faire à leurs jeunes camarades ou encore pour y bénéficier d’une affectation militaire leur laissant du temps libre : vous le vérifierez en parcourant les autres biographies qui vont suivre.
L’École polytechnique ne l’a pas oublié : elle conserve dans ses collections patrimoniales de nombreux dessins que Jérôme Lordon effectua lors de son passage comme élève, qui témoignent de sa précoce maîtrise. On n’aura pas de mal à deviner que cette attention à la gestuelle héroïque, dont son illustre contemporain David fit une caractéristique pour ses tableaux d’antiquité, conduira Lordon vers le même type de sujets et de traitement, on a souvent l’impression que les personnages figurant dans des tableaux ont d’abord été peints nus dans la position qui sera la leur, costumée, sur la toile.
Remarquons en passant que si Lordon a surtout traité des sujets historiques, il a aussi fait quelques incursions dans l’histoire contemporaine. Ainsi on lui doit une émouvante estampe représentant Marie-Antoinette à la Conciergerie.

Lordon exposa régulièrement dans les salons de 1806 à 1838 et y reçut plusieurs récompenses. Quelques-unes de ses œuvres se trouvent dans des églises et dans des ministères : « La communion d’Atala », « Hylas attiré par les nymphes » (musée d’Angers), « Agar dans le désert », « La mort de Sémiramis » (musée de Dijon), « Sépulture de Saint-Sébastien » (musée d’Avignon), « l’Amour et Psyché » (musée de Besançon), « Henry IV à Libourne après la bataille de Coutras » (château Henri IV, de Nérac). On peut dans cette brève liste de sujets repérer quelques traits que l’on retrouvera aussi chez d’autres peintres X, comme l’illustration de romans à la mode (avec Atala Chateaubriand a donné à ses contemporains l’occasion de couvrir des hectares de murs de musée) ou l’attrait de thèmes orientalistes : on sait que la peinture française de la première moitié du XIXe siècle traita souvent de sujets tirés de la guerre d’indépendance grecque ou de la « découverte » de l’Algérie. Mais je voudrais insister sur un tableau qui vient d’être récemment restauré, et que l’on trouve au musée de Libourne. Il s’agit d’une très grande toile intitulée « L’arrestation de Saint Marc » dont l’histoire nous est ici racontée par son directeur, Thierry Saumier qui a bien voulu par ailleurs nous autoriser à reproduire cette œuvre.
Pourquoi Libourne ? Sans doute à cause de l’intérêt convergent que portaient à cette ville Lordon et Decazes. Pour Lordon, on peut trouver un élément de réponse dans le registre des élèves de Polytechnique. On y apprend que Jérôme est né « à la Guadeloupe », sans autres précisions, et pour la rubrique « domicile des parents », on peut lire : « son père à la Guadeloupe ; sa tante la citoyenne Lordon à Libourne près Bordeaux » Sans vouloir chercher à creuser la signification de cette proximité assez habituelle entre les familles de colons des Antilles et de la bourgeoisie libournaise, on peut être tenté de penser que Lordon a pu donner son avis pour l’attribution de sa toile à la ville de Libourne quand Decazes, également originaire de la région et devenu ministre de Louis XVIII, décida de doter Libourne d’un musée en lui attribuant un certain nombre d’œuvres acquises par l’État.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *